Marie Preston, Moulins de Larchat, repérages vidéo, 2011

Le projet d’autonomie énergétique est souvent associé au désir d’une vie sobre. Être indépendant en eau et en électricité suppose en effet de réduire sa consommation. Mais cela suppose également une cohérence nouvelle entre une architecture domestique, un mode de vie et un milieu naturel et humain. C’est-à-dire une invention, qui passe parfois par la mise en commun des installations au sein de réseaux « techno-géographiques » autonomes. De fait, cette invention se construit souvent en réaction aux réseaux centralisés nationaux : la marchandisation de biens naturels contre une autogestion locale. 
 

Dans les années 70 et 80 se sont installés dans le pays Tulle et ailleurs ce que nous appelons aujourd’hui des « néoruraux ». Achetant des terrains dont personnes ne voulaient plus, ils reconstruisaient eux-mêmes leur maison, se chauffant aux bois et cultivant leur jardin. Ils pratiquaient majoritairement l’agriculture ou des métiers d’artisanat. La difficulté de la vie paysanne effectua une sélection naturelle : seuls les plus volontaires restèrent. Aujourd’hui, une nouvelle génération retrouve le chemin des campagnes corréziennes. Mais contrairement à l’époque de leurs aînés, les préoccupations écologiques sont largement médiatisées.


Aidée par Jean-Claude Chataur, originaire du pays de Tulle et ami depuis leur venue des arrivants d’ailleurs, écologiste convaincu, expert en survie dans la forêt et créateur d’une maison ethnobotanique, je me propose de réaliser un film à partir d’entretiens et de récits de vie. Il s’agit de comprendre les motifs et les espoirs des personnes venues s’installer dans le pays de Tulle. Existe-t-il une filiation entre ces deux générations d’arrivants quant à leurs préoccupations écologiques, aux modes de vie qu’ils ont choisis et aux dispositifs alternatifs qu’ils construisent ? L’invention de ces modes de vie est-elle exemplaire pour une gestion responsable des énergies ? Qu’est-ce que l’art a à puiser dans ce désir d’autonomie conjugué à la puissance politique de la mise en commun ?

M.P.